C’est assez ironique, mais le premier article de ce blog va être consacré, calendrier oblige, au confinement annoncé il y a pile un an 🎂
Petit retour en arrière : nous sommes début mars. Je suis en mode angoissée : la date de mon PPCR est tombée, et c’est prévu pour le vendredi le 27 mars avec une super classe avec plusieurs LCE, la 3eE 💁🏻♀️ Je suis en train de finir ma séquence et je travaille sur celle qui va suivre, sur James Bond. Je ne le sais pas encore, mais je ne passerai jamais ce PPCR ; en tout cas, pas à cette date…
On sait que depuis quelques mois, il se passe quelque chose en Chine. Il y a un virus qui circule et qui semble très dangereux et surtout peu contrôlable. Les gens sont confinés et les reportages sont de plus en plus alarmants. Mais la Chine, c’est loin. Peu à peu, au fil des semaines, ça se rapproche, ça finit par arriver en Europe. D’abord en Italie, qui semble touchée du même mal, la situation est incontrôlable et bientôt, ils confinent. En France, on a du mal à croire que la même chose va se produire, mais il est déjà trop tard.
Début mars, je me prépare avec des Drive – version supermarché. Papier toilette, conserves, produits d’hygiène, pas en quantité astronomique je vous rassure, mais je n’aurai pas besoin de mettre les pieds dans un magasin si jamais la situation dégénère et si tout le monde se prépare au dernier moment (j’ai probablement trop vu de films catastrophes 🧟♀️). J’en parle à celles que je vais appeler ici mes collègues du lundi, Florence et Delphine, craignant qu’elles ne se moquent, mais je leur passe le message : préparez-vous au cas où, maintenant. La semaine suivante, elles me disent qu’elles ont fait pareil et ont pris les devants 🛒

J’ai d’autres fonctions que prof devant élèves, j’y reviendrai peut-être un jour. Je suis amenée à être en contact avec des gens au niveau national et au niveau de l’académie, sans spécialement avoir d’information en off sur le sujet du coronavirus. Mais ce qu’on sait, c’est que ça ne sent pas bon et donc on anticipe en urgence ⏱ Une semaine après le début de l’angoisse, j’ai arrêté de préparer mon PPCR. Pourquoi ? Parce que j’ai compris que ça n’aurait pas lieu, en tout cas à cette date-là.
Je partage peu après avec ma direction un document sur lequel Delphine et moi avons travaillé en prévision d’un confinement : on a bien fait, ça va servir.

Et on attend. En coulisse, ça carbure déjà sec côté à tous les niveaux. On redistribue des codes ENT aux élèves pour éviter de le faire en catastrophe.
Le jeudi 12 mars, le choc, la confirmation : le président Emmanuel Macron annonce le confinement général du pays. Dans la journée, j’ai passé des coups de fils pour la DANE à des chefs d’établissement en lycée, pour leur demander s’ils ont anticipé des choses et qu’ils peuvent faire appel à nous au cas où. À cette cheffe que j’ai eu au téléphone et qui réfléchissant tout haut m’avait dit : « mais… si vous m’appelez… c’est peut-être… que vous savez ce qui va être annoncé ?! » J’aimerais redire : non madame, je n’avais aucune information, je vous jure ! 🙅🏻♀️
20h : confinement annoncé, donc. Ça sent vraiment pas bon. Il nous reste 12h avant de voir les élèves et mon cerveau est en ébullition.
Vendredi 17 mars, 8h. Le chef d’établissement est en salle des professeurs, je vais le voir et je me mets à sa disposition s’il a besoin de moi pour des conseils sur le numérique et sur cette période de cours à distance qui s’annonce (je suis référente numérique dans mon établissement). Il me demande de me libérer en deuxième heure, et que nous nous retrouverons dans la petit salle de réunion avec l’adjointe. Tous les deux viennent d’arriver dans l’établissement. Je me souviens que je commençais avec mes élèves de 3e SEGPA. En deuxième heure, mes élèves de LCE se présentent devant la salle, je les envoie en permanence, ils ne bronchent pas. Je les reverrai en dernière heure. Je rejoins le chef et l’adjointe pour la réunion de crise – il n’y a pas d’autre mot. Je leur explique ce qui existe sur l’ENT, je réponds à leurs questions, leur prodigue des conseils sur les priorités… C’est un moment qui m’a marqué, cette salle, tous les trois, et cette ambiance lourde. Je leur serai toujours reconnaissante de leur marque de confiance.
À la récréation de 10h, la scène est surréaliste. Tous les professeurs et personnels sont là. La salle est pleine, il y a un silence de mort, le principal prend la parole. Cette image reste gravée dans ma mémoire. Il annonce à la fin que nous devons libérer les élèves à 11h et les envoyer dans la cour. Les professeurs sont attendus en salle informatique, qui est aussi notre grande salle de réunion. Je vais faire une formation express, dont j’ai jeté le contenu sur un post-it : les applications de l’ENT indispensables pour travailler à distance (mur collaboratif, remise de devoirs, exercices et évaluations…), quelques sites (LearningApps, Quizlet…) qui pourraient être utiles. La salle est comble, on m’en reparle parfois en me disant que ça a été utile 👍🏻
L’après-midi, je fais cours, enfin si on peur dire. Je m’assure encore une fois que tous et toutes ont leurs codes, on débriefe, j’essaye de me montrer rassurante au possible. Et surtout avant qu’ils ne partent, je leur dis de prendre soin d’eux et de leur famille, d’être prudent, au revoir. Pour la plupart d’entre eux, je ne les reverrais plus en chair et en os de l’année. J’espère à ce moment-là qu’on s’en sortira tous et toutes. Je finis à 16h35 avec les LCE que j’ai eu le matin.
Le soir, je « ferme » ma salle, où je ne reviendrai plus : je range ce qui craint, j’emporte ce dont je pense avoir besoin, comme une fin d’année en mars 🔑
Le lendemain, je rejoins mon lieu de confinement. Le coffre et la voiture sont pleins (dans le désordre vêtements, puzzles Cityscape 3D, mon ordinateur principal, imprimante, toute la nourriture que j’ai chez moi tant qu’à faire, raquette de beach tennis…). Au dernier moment, voyant qu’il me reste de la place, je vais chercher quelque chose que j’ai depuis quelques années à la cave et que je n’avais jamais utilisé : un hamac. Meilleure décision ever 🏆
Je pars de chez moi au dernier moment, à 11h45. Arrivée sur place, je descends tout. Dans mon souvenir, c’est à ce moment-là que je suis prise d’une grande fatigue, à tel point que je m’écroule pour une sieste, impossible de résister. J’évacue toute la fatigue et la tension des derniers jours et même des dernières semaines 😴
C’est partie pour des semaines de confinement et de distanciel, mais ça, j’en parlerai dans un autre article…
