Depuis septembre, je suis une prof nomade. Comprendre, qui va de salle en salle, j’ai eu de la chance : je n’ai vécu ça que quand j’étais stagiaire.
Dans mon collège, nous avons su très tôt que nous ne serions pas dans nos salles respectives cette année. On s’en doutait et ça a été confirmé en recevant notre emploi du temps fin août. Je ne remets aucunement ce choix en cause : c’est comme ça et mieux vaut cela qu’alterner entre différents systèmes en cours d’année 🤷🏻♀️
Toutes les classes se sont donc vues affecter une salle précise, qu’ils allaient occuper toute l’année pour les matières qui ne requièrent pas de salle particulière, exception faite donc des cours de SVT, physique, technologie, arts et éducation physique bien évidemment.

Étant déchargée deux jours par semaine et n’ayant pas les LCE cette année, mon service est de 9h, soit 3 classes et donc 3 salles :
- une classe au 2e étage du bâtiment principal
- une classe au premier étage du bâtiment de la SEGPA, de l’autre côté de la cour
- une classe de SEGPA d’une dizaine d’élèves juste à côté, dans leur salle informatique
Dès confirmation, moi 🤔 en train de faire mentalement une croix sur certains dispositifs (classroom library, racks…), décidant d’en conserver d’autres (verbes irréguliers) et réfléchissant à ce qui pouvait être adapté (les ilots, les ardoises ?).
Les avantages d’être prof nomade en temps de COVID :
- …
(J’ai beau chercher, honnêtement je ne vois pas. À part que ça renforce mon admiration pour tous les TZR et professeurs dernièrement arrivés dans les établissements. À vrai dire, des collègues avaient déjà expérimenté les classes fixes pour les 6e, avant de laisser tomber après un an, donc je suis moyennement surprise)
S’il faut chercher, je vais quand même préciser que j’ai eu de la chance : merci aux professeurs de mes deux classes de 3e (hors SEGPA, les élèves sont moins nombreux), avec qui j’ai pu négocier de laisser les classes en îlots (au moins jusqu’à mon PPCR, avec le secret espoir que je puisse continuer après… heureusement c’est le cas dans une classe et pour l’autre ils ont l’habitude de bouger les tables 😅) et avec qui on a pu échanger, créer des affiches de groupes en langues et en maths et des plans de classe communs 🙏🏻
Les inconvénients :
- la perte de ce qui fait tout l’avantage d’occuper UNE salle (affichages, classroom library, une imprimante personnelle à disposition, de quoi stocker, les îlots…)
- de la fatigue en plus, clairement, surtout au début
- un rush perpétuel (fini le fait de se poser quelques minutes pour prendre des notes ou classer des papiers : ça doit attendre) qui fait qu’au début, on sème les markers, la télécommande, le stylet…
- les classes non équipées en enceintes, horloges, stockage…
- les classes qui sont disposées en autobus…
- le matériel indispensable à trimballer de salle en salle, de bâtiment en bâtiment (le trieur, l’enceinte portable, les markers, la télécommande…) et ce qu’il faut laisser de côté car trop lourd, encombrant…
- les dispositifs pour les élèves qui tombent à l’eau (classroom library en ce qui me concerne, conservation des photocopies pour les élèves absents, affichage des tâches finales, projet puzzle…)
- ma classe = mes règles et mon fonctionnement, c’est bien moins évident pour les élèves quand il s’agit de « leur » salle
- le manque de rythme pour les élèves, les affaires déjà sorties quand on arrive, ceux et celles qui sont partis en vadrouille…
- les petites dégradations et / ou l’agitation quand les élèves sont seuls
- le manque de relationnel avec les élèves. Je me suis surprise à l’expliquer à une collègue qui n’est plus devant élèves. Avec sa salle, les élèves restent facilement quelques minutes après la fin du cours pour poser une question au prof, montrer quelque chose, plaisanter, établir un lien… Avec le nomadisme, le prof n’a qu’une idée en tête : combien de minutes sur les 5 me restent-ils pour aller jusqu’à la prochaine salle, laquelle déjà ? Ais-je bien tout pris, effacé le tableau, fermé ma session, etc. ? Du coup cette année, ma relation avec eux n’est pas la même, moins riche. Nous sommes en mars et j’ai enfin l’impression que j’obtiens ce que j’observe bien plus tôt dans l’année scolaire en temps normal.
Bref, une année dans des conditions pas faciles. Et encore, je ne mentionne pas les masques, le gel, les fenêtres… 📋
Prochain billet : l’accessoire indispensable au prof nomade !
